22.12.2006

Le blanc gâté

Paolo observe ce mendiant là à deux pas de lui, c'est un cul de jatte, il se traîne en guenille. On l'appelle Sépa parce que c'est toujours ce qu'il répond: "j 'sais pas". Séba est de type européen, on dit qu'il est venu ici normal mais qu'un sort lui a été jeté pour le rendre comme ça. Ces cheveux hirsutes n'arivent pas à cacher son visage où ruisselle une bouche baveuse. Les guadeloupéens lui donnent des coups de pied et rigolent de ses contorsions. On lui jette de la nourriture à terre pour le voir manger comme un chien. Il a perdu toute humanité, il pisse devant les passants, dressé sur ses moignons. On le déloge périodiquement quand sa place pue trop l'urine. Paolo se sent insulté, il pense que les noirs exhultent de voir un blanc ainsi rabaissé, il se sent solidaire. Quand le prochain coup va frapper l'infirme, Paolo retient la main du persécuteur. Deux yeux blancs le fixent, irrigués de sang, ils sont coupant de colère, Paolo sent à cet instant la haine de l'homme blanc luire dans le regard des passants qui commencent à l'encercler, lui coupant toute retraite. Sépa est acculé au mur avec Paolo quand une patrouille de policiers les sauvent du pétrin par son arrivée. Les passsants se remettent à marcher, l'agresseur s'est évaporé. Paolo regarde avec désespoir ce rebus pour lequel il a risqué sa vie en soupirant.

- si ça s'trouve, tu n'es qu'une vieille canaille qui ne mérite même pas la corde pour te pendre, mais ça m'embête qu'on attaque un blanc solidarité de race! Paolo s'apprête à planter là Sépa quand le clochard lui dit, le retenant par la manche:

-approche, écoute le récit de ma vie avant de partir...

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