28.09.2006

le passeur

C'était lui qui ouvrait les portes. On le voyait errer lui et ses congénères en robe de bure comme pour mieux signifier leur noble mission dès l'aube jusqu'au crépuscule. La nuit était livrée à d'autres passeurs invisibles ou visibles. Les passeurs de jour ne se cachaient jamais. Ils pouvaient même pester et cracher quand ils ouvraient les portes d'un monastère en deuil, ils étaient hilares en général et plus d'un empécha le passant de passer en lui filant une bonne dose de fou rire. Va mos était ouvreur de père en fils. Il trempait dans de sales histoires de cabale et de vodou car il voulait ouvrir les portes ésotériques du savoir et de la connaissance. Son atelier était rempli de choses bizarres et souillées comme des pièces de cadavres emmitoufflées dans des draps rougis. Il faisait ses emplètes à la morgue et au magasin de dissection de l'Université de Médecine.

Va mos ne se fit pas prier pour entrer dans l'hôpital où il avait à faire aujourd'hui. L'ouvreur de l'Hôpital se gondolait de rire en lévitant autour de la porte qui s'ouvrait sous l'impulsion de sa seule volonté. Il était garant du lieu et les ouvreurs s'étaient vu ainsi confier les rênes de tout une civilisation en complétant leur rôle premier d'ouvreur par celui plus prestigieux encore de garant de la civilisation. Les études d'ouvreur comportait la mise en deuil de la famille car l'ouvreur est attaché à ses portes et ne peut s'en déssaisir. Il peut rester au seuil d'une porte toute une année sans devoir se nourrir et sans besoins corporels. L'ouvreur abandonne tout quand il se met au service de La Porte, il en choisit une et lui sera fidèle toute sa vie. De plus lactivité d'ouvrant prolonge la durée de vie selon un bon pourcentage qu'on a récemment appliqué à la réalité en le testant sur des souris.

Derrière tes talons, en montant se trouvait la plus belle porte que j'aimais franchir, ta robe le couvrait et le passeur dormait.

 

Les commentaires sont fermés.