26.09.2006
Effacer
Ca lui était venu comme ça, il s'était mis à penser très fort: pourvu qu'il disparaisse et il avait disparu. Il avait commencé à palir et quand sa main gantée qu'il avait posée sur la portière devint translucide, il disparut comme gommé. Ce policier ne me posa pas plus de problème, sa disparition entraînant le superflu des papiers qu'il m'avait demandés, papiers que je n'avais pas... Cette faculté de faire disparaître les gens par la pensée me fut souvent utile mais parfois aussi douloureuse quand je pensai à mon insu et voyait quelqu'un que j'aimais disparaître.
Ce fut le cas de Tante Mirtille, d'un seul coup on ne l'a jamais revue. On a dit qu'elle était partie avec le facteur mais je sais bien moi, que c'est moi qui l'ai fait disparaître! Ca marche pas aussi simplement pour les êtres inanimés, leur disparition laisse une lourde poussière grise. C'est plus long à penser! Je n'ai jamais essayé avec les animaux...Oh mais que je me présente: je suis blanc et je pense la disparition de tous les noirs! N'avez-vous pas remarqué comme les noirs se font de plus en plus rares à l'hôpital à Paris? C'est moi. A chaque fois que je vais à Bichat, j'en gomme quelques uns. Où vont-ils après? Je n'en sais rien. Je m'appelle Délète et mon nom parle pour moi.
Javais du mal avec les groupes, à plus forte raison les foules, heureusement mon neveu Delete all est venu me tenir compagnie. Ca fout un peu la pagaille toutes ces disparitions mais la nature a horreur du vide. On commence à revoir des éboueurs blancs. Je ne sais pas ce que j'ai mais cette chaleur de midi me scotche. En plus il m'arrive une drôle de chose, je n'ai pas besoin de sentir les rayons chauds du soleil sur ma peau pour bronzer! Il suffit que j'ai chaud. Aujourd'hui j'ai eu chaud tout l'après-midi. Je me regarde dans le rétroviseur et stupeur! Je contemple un bel afro, avec mon nez tout de même mais un bel afro tout de même!
Derrière moi brillent les canons bien huilés des fusils, Delete all mon neveu est avec eux! C'est du noir qu'ils veulent mais je n'étais pas comme ça y'a une heure! Je tourne mon visage maintenant d'ébène vers les blancs de ma race et je perçois d'ici leur surexitation. J'ai gommé et serai gommé. Qui fait périr par la gomme périra par la gomme. Je regarde mes mains. Leur couleur se perd, ni blanc ni noir, et devient translucide. Je sais que je n'en ai plus pour longtemps, quelqu'un pense ma disparition et je m'efface. J'essaie de me convaincre que j'existe bien mais un courant plus fort m'emporte: laisse toi aller mon ami, ne lutte pas, la disparition c'est le voyage. Autour de moi tout disparaît,comme lavé à l'eau, le ciel se délave, j'essaie de retenir mes dernières mollécules mais quand je veux encore dire quelque chose ma bouche a déjà disparue.
Je sais maintenant où vont tous ces gens que j'ai gommés, nous sommes autour de vous, dans le vent ,dans la pluie dans le soleil qui illumine votre vie. Après la disparition il n'y a pas de retour aussi adieu lecteur, à chacun ses problèmes. Mes yeux se sont multipliés à la taille du vent adieu lecteur,je te laisse toi et tes yeux, lire les derniers mots de cette petite nouvelle qui j'espère ,t'a ému.
02:15 Publié dans fantastique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : DISPARITION



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